Publicités

Fées des montagnes 2


 

Continuer d’apprendre à connaître les fées des montagnes, ça vous dit toujours ? Oui ? Alors, je vous invite à poursuivre avec moi cette exploration des fées vivant dans les montagnes.

Les fées pyrénéennes

Comme je vis dans les Pyrénées, je me suis dit que ce serait bien de parler des fées habitant dans ces montagnes.

Les Pyrénées sont une longue chaîne de montagnes qui court dans le sud-ouest de la France, de l’Atlantique à la Méditerranée. Elles marquent la frontière avec l’Espagne et par la diversité des populations qui les peuplent possèdent une mythologie variée. Ainsi, les noms donnés aux fées diffèrent selon les lieux et on trouve des fadas, des hadas, des encantadas ou des dragas. Leurs enfants sont les hadach ou les hadets. Les dragas se marient avec des dragòts.

Comme dans toutes les légendes ayant trait aux fées, il y a beaucoup de récits ayant trait aux changelins, mot qui est rarement utilisé. Il y a bien sûr des histoires de fées qui enlèvent les bébés des humains qui, on s’en doute, est tout mignon, rose et tout et tout (je parle du bébé, bien sûr) pour remplacer son propre rejeton qui lui est tout vilain, rabougri et plissé (comme si les humains jaloux de la beauté des fées se consolaient en songeant qu’eux au moins mettaient au monde de beaux bébés, mais le sujet n’est pas là). Toutefois, il y a également des histoires de bébés de fées enlevés par des humains pour qu’ils leur révèlent des secrets concernant la vie quotidienne. Manque de pot pour eux, les hadets plus malins s’enfuient pour rejoindre leurs mères juste avant  de faire la révélation la plus importante sur, par exemple, le secret de la feuille, du bourgeon de l’aulne, du chaton, etc.

La plupart du temps, les fées ressemblent en tout point aux humaines et peuvent épouser des hommes, mener une vie ordinaire et fonder une famille. Cependant, là aussi comme dans toutes les légendes européennes liées aux fées, il y a des conditions et si l’époux faillit à sa parole, la sanction est sans appel : la fée l’abandonne à tout jamais. Par exemple, il ne devra jamais l’appeler fée ou la traiter de folle.

Quelques fois, la fée a une particularité physique qui la distingue des femmes. Elle peut avoir des pieds palmés, être de petite taille, etc. Un peu comme les huldras scandinaves qui ont une queue de vache ou de renard ou bien les laminaks basques qui sont dotés de pattes d’oie. C’est peut-être pour souligner leur appartenance à la nature. Elles sont également souvent liées à l’eau et apparaissent plus facilement près des fontaines. Quelques-unes, semblables aux Dames Blanches, se montrent à l’entrée des grottes. Ainsi, la Vierge Marie qui est apparue à Bernadette à Lourdes ne serait-elle pas une fée en réalité ?

Dans les Hautes-Pyrénées, les fées sont souvent appelées Encantades (encantadas en bon gascon), ce qui veut dire Enchantées et sont liées à des sources souvent à l’origine des thermes qu’on trouve dans les montagnes. Ainsi en est-il de Margalide, l’Encantade.

Du côté de Lau-Balagnas, près d’Argelès-Gazost, il existe des fontaines liées aux fées, dont la Hount de l’Encantada. L’Encantade en question ici, c’est Margalide, une fée si belle qu’elle s’attira la jalousie d’autres fées. Voici son histoire.

La fée Margalide vivait dans la montagne du Cabaliros entre le Val de Cauterets et le Val d’Azun et toute la journée elle filait de longs fils très fins près des fontaines. Ils étaient rouges comme la vie, doux comme la soie et elle les roulait en une pelote qu’elle ne laissait jamais.

L’été, elle aimait folâtrer dans les pâturages au gré du vent, changeant sans cesse d’endroit et les gens venus lui apporter des cadeaux ne la trouvaient pas. Sa vivacité et sa beauté attisèrent la jalousie des fées du Mont de Gez entre le Val d’Azun, la vallée d’Argelès (-Gazost) et le massif du Pibeste. Celle-ci décidèrent de lui jouer un tour. Elles se réunirent sous le Caillou (Cailhàu) de la Sorcière, sur le Mont de Gez, une nuit de pleine lune.

« Nul ne verra plus la fée Margalide dessus la terre, dit la première. Elle disparaîtra de la vue des humains.

— Elle ne vivra plus que sur le doigt de pied du Cabaliros. Le petit Mont Bardérou sera sa prison, ajouta la deuxième.

— Seule une main pure pourra briser le charme qui la retient captive, conclut la troisième, à condition toutefois que cette main dévidât tout entier son rouge peloton de soie ! »

Aussitôt, la fée Margalide disparut sous la terre entre la Fontaine de Capdivère et la Fontaine du Bardérou et finit par tomber dans l’oubli.

Les siècles s’écoulèrent. Margalide errait d’une fontaine à l’autre, tristement. Elle s’arrêtait près de l’une ou de l’autre et déroulait un peu sa précieuse pelote pour laisser flotter dans l’eau un bout du fil de soie rouge et elle attendait patiemment la venue d’une main salvatrice, celle qui lui rendrait sa liberté.

Un jour, une jeune fille qui habitait une petite maison à la sortie d’Ancizans-Avant se rendit à la fontaine pour y puiser de l’eau. Chaussée de sabots, la jupe retroussée, elle descendait avec légèreté le chemin du Bardérou, tout en retenant fermement sa cruche  posée en équilibre  sur son cabedé, c’est un tortillon de linge ou de paille qu’on porte sur la tête pour caler des choses. Arrivée à la fontaine, la fillette remarqua un joli fil de soie rouge flottant sur l’eau. Elle se hâta de remplir sa cruche puis plongea sa main pour attraper le fil.

D’abord, elle s’extasia de sa douceur, elle qui était habitué aux tissus en lin rêches. Ensuite, elle s’étonna de sa longueur. Le fil ne semblait jamais devoir s’arrêter. Elle imagina d’abord pouvoir s’en faire un joli mouchoir brodé au petit point, un châle, une robe… Elle allait le dévider en entier, libérant ainsi Margalide, mais la mère de la jeune fille l’appelait et sa colère augmentait avec l’attente. La jeune fille prit peur, trancha le fil sur un rocher et, tremblante, s’enfuit en serrant sa pelote contre elle.

Un cri retentit derrière elle. Elle tourna la tête et vit une belle fée scintillante se dressant dans la fontaine. Dans ses mains, elle tenait un bout de fil de soie rouge déchiré. C’était Margalide que le fil rompu emprisonnait dans le rocher.

« Maudite soit la femme qui t’a portée ! » s’écria la fée à la jeune fille qui prit ses jambes à son cou en laissant tomber sa pelote. C’est une fillette ayant perdu ses rêves et bien plus qui rentra chez elle. Au matin, sa mère fut retrouvée morte dans son lit. C’était le châtiment pour celle dont la colère avait tranché le fil de la fée.

Toujours prisonnière entre la pierre et la fontaine, Margalide attend qu’une main pure ne l’en délivre. Alors si un jour, vos pas vous mènent jusqu’à cette fontaine, buvez un peu de son eau fraîche et admirez la beauté du monde et si un fil délicat et scintillant se montre, n’hésitez pas à le saisir, comme le faisaient autrefois les jeunes filles du Lavedan, restez sourds aux imprécations, aux appels et aux cris, et dévidez-le jusqu’au bout. Qui sait quelles merveilles pourraient vous arriver. 😊

 

woman-2388253_640

(source de l’image : Pixabay)

 

Publicités

En passant

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Follow Le Grimoire d'Ithilindil on WordPress.com
novembre 2017
L M M J V S D
« Oct   Déc »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Goodreads

Archives

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 123 autres abonnés

Member of The Internet Defense League

%d blogueurs aiment cette page :